Didier Guignard

 

Dans les années 1890, on assiste à une dénonciation croissante des abus de pouvoir en Algérie coloniale. La compétition électorale de la minorité française en est souvent à l’origine. Mais l’attention du Parlement et de la presse métropolitaine grandit pour transformer ces affaires en « scandales algériens ».
Ils donnent à voir un système politique et administratif gangrené par la violence, le clientélisme et la corruption qui sont nourris par l’abondance des fonds publics dans une colonie de peuplement boudée par le grand capital. Comme pratique et représentation du pouvoir, l’abus est alors facilité par le droit, la confusion du droit et la défaillance des institutions de contrôle, dans un contexte plus général de sous-administration. Ces données sont parfaitement intégrées par les agents de l’État et l’ensemble des administrés ; elles développent un sentiment d’impunité, des stratégies de participation ou de contournement, propres à faire durer le système.

Sommaire

  • Avant-propos
  • Introduction
  • Une histoire de l’archive
  • Le temps des scandales
  • La crise algérienne de la République

La tentation de l’abus, 1880-1914

  • L’abus presque ordinaire
  • Le droit d’abuser
  •     La genèse du « code indigène »
  • S’approprier des infractions spéciales
  • …et des peines spéciales à l’indigénat
  • Des abus générés par un droit incertain
  •     Le fatras législatif dans la colonie
  • Un cas d’espèce : l’affaire des phosphates
  • L’intériorisation de l’abus
  •     La faiblesse vécue du contrôle
  • L’impact du milieu sur les responsables français
  •     La tradition de l’abus chez les auxiliaires indigènes ?
  •     Des représentations mouvantes chez les administrés indigènes
  • La capture de l’investissement public
  • La démesure du chantier colonial
  •     Des travaux longtemps en suspens (années 1830-1860)
  •     Une « France nouvelle » sur fonds publics (1871-1914)
  •     Le faible relais de l’investissement privé (avant 1914)
  • Les manières de s’arroger l’argent public
  •     Des facilités dans la distribution des marchés publics
  •     Des conventions ferroviaires « monstrueuses »
  •     La singulière aisance des élus locaux
  •     « Généreux avec l’argent des autres »
  • Le robinet de l’emprunt
  •     Ampleur et localisation de la dette publique
  •     Libre cours au surendettement
  •     Rembourser avec l’argent des autres
  • La ruée vers le politique
  • L’État providence pour les seuls clients
  •     Mainmise et redistribution publiques des terres
  •     La manne des emplois publics
  •     Absence ou détournement des secours
  • La confusion des hiérarchies sociale et administrative
  •     L’élection comme moyen de s’enrichir
  •     Un corps préfectoral à la remorque
  •     Les auxiliaires indigènes, interfaces de l’abus
  • Des élections pas comme les autres
  •     Des représentations partagées sur la fraude
  •     Le poids de chaque votant
  •     La force du vote communautaire

L’abus entre scandales et silences

  • Le filtre de la dénonciation locale
  • Le privilège de dénoncer
  •     L’inégalité des voies de recours
  •     Trois types de dénonciateurs français
  •     Des prétendants indigènes au pouvoir
  •     La contagion dénonciatrice
  • Les plaintes des victimes détournées
  •     La peur ou l’incapacité à porter plainte
  •     Interprètes et censeurs de la plainte indigène
  •     L’espoir nouveau d’être entendu
  •     Des contribuables indigènes devant le conseil de préfecture
  • Les relais d’information sur les abus en Algérie
  •     Un espace médiatique tronqué
  •     La rentabilité du scandale pour la presse locale
  •     Une violence médiatique singulière, en vase-clos
  • Les ressorts de l’indignation métropolitaine
  • L’attention croissante du Parlement
  •     Une mesure de l’attention parlementaire
  •     Un débat longtemps différé
  •     Le surgissement du débat (1891), la force nouvelle des contradicteurs
  • Une petite envie de savoir qui grandit
  •     La voie administrative privilégiée
  •     L’indécision persistante au niveau judiciaire et financier
  • La bonne distance pour enquêter ?
  •     Obstacles et facilités du travail d’enquête
  • Les « scandales algériens » à la une
  •     En quête de nouveaux scandales
  •     L’affaire des phosphates comme point d’orgue (1895)
  •     La greffe antisémite (1895-1897)
  • Le silence progressif sur l’abus
  • Les dénonciateurs au pouvoir
  •     La violence préméditée pour s’emparer du pouvoir
  •     Des clientèles antijuives comme les autres ?
  • Le pacte républicain
  •     L’amateurisme politique des antijuifs
  •     L’exploitation des peurs européennes
  •     L’ampleur des concessions financières
  • La réorientation des sanctions
  • L’administration du silence
  •     La réduction volontaire des plaintes et des enquêtes
  •     Les ressorts cassés de l’indignation métropolitaine
  •     L’affaire de l’Ouenza, nouveau « scandale algérien » ?
  •     Un voyage présidentiel pour tourner la page (1903)
  • Conclusion
  • Une fenêtre ouverte sur les abus
  • L’abus au cœur d’un système politique et administratif
  • En finir avec les scandales
  • Annexes
  • Bibliographie
  • Sources  

2010 – 550 pages – Format : 14×22 cm
isbn : 978-2-84016-076-2 – Prix : 25€
Langue : français