Véronique Gély (dir.)

 

« Sur le monde je porterai le regard clair prêté par l’aigle à Ganymède », écrivait Jean Genet dans le Journal du voleur. Enigmatique et silencieux, arraché à la terre par l’aigle de Jupiter, le jeune Troyen devint l’échanson des dieux, immortalisé dans la constellation du Verseau. Avant que la critique contemporaine fasse de lui un emblème de l’homosexualité, Ganymède a inspiré autant les arts figurés (Botticelli, Le Corrège, Michel-Ange, Rubens, Rembrandt, Flatters, Thorvaldsen, Pallez, Turcan…) que, depuis les épisodes homérique et ovidien, une riche littérature : on le retrouve en particulier dans l’œuvre de Dante, de Géngora, de Du Bellay, dans le théâtre de Marlowe et de Shakespeare, à l’âge romantique dans le poème de Goethe devenu lieder de Schubert et de Wolf, dans les poésies de Hölderlin, de Lamartine et de Musset, au siècle suivant dans les œuvres de Jacques d’Adelswärd-Fersen, de Forster, de Thomas Mann… Ganymède illustre la beauté du corps masculin et son érotisme, mais aussi une idée de la jeunesse éternelle ; son rapt peut être une image du sublime, et, par sa fonction d’échanson divin, il incarne une certaine conception de l’inspiration et de l’enthousiasme poétiques dont on trouve un pendant dans les poésies arabe et persane. Les études ici réunies se proposent, dans une perspective comparatiste et pluridisciplinaire, de découvrir la complexité et les enjeux de ce mythe étonnamment moderne.

Sommaire

  • Introduction, Véronique Gély
  • Ganymède dans la poésie grecque : une histoire sans paroles, Danièle Auger
  • L’immortalité par défaut, ou l’impossible statut de Ganymède, Charles Delattre
  • L’enlèvement de Ganymède dans les Métamorphoses d’Ovide : mythe érotique, mythe politique, Anne Videau
  • Quelques interprétations antiques et médiévales du mythe de Ganymède, Étienne Wolff
  • Figures de l’échanson (sâqî) dans la littérature arabe médiévale, Abdallah Cheikh-Moussa
  • La figure de l’échanson dans l’œuvre de Hâfez de Chirâz, Leili Anvar
  • Portrait de Ganymède en poète, dans le Purgatorio de Dante, et les Soledades de Góngora, Anne Teulade
  • Le mythe de Ganymède chez Dante et son ilustration par Botticelli, Blake et Doré, Clélia Anfray
  • Le chien de Ganymède : contrepoint au sublime ?, Frédérique Villemur
  • Mythe et drame personnel : le Rapt de Ganymède de Rembrandt , Patrick Absalon
  • Le Ganymède de Goethe ou l’exaltation de l’immanence, René-Marc Pille
  • Schubert et Wolf face au Ganymède de Goethe , Emmanuel Reibel
  • De l’échanson au rapt : la représentation de Ganymède dans la sculpture du XIXe siècle, Guillaume Peigné
  • Le Ganymède incertain d’un militant homosexuel de la première heure : Jacques d’Adelswärd-Fersen, Patricia Marcoz
  • Ganymède e(s)t le garde-chasse : « une façon de parler » dans Maurice de Forster, Yves Clavaron
  • Variations sur le mythe de Ganymède dans Mort à Venise de Thomas Mann et de Luchino Visconti, Johana Rajkumar
  • Les références à Ganymède dans le Journal du voleur de Jean Genet, Marcelo Salinas
  • L’enlèvement de Ganymède revisité par le patriotisme mexicain ?, Liliane Picciola


2008 – 295 pages – Format : 15×21 cm
isbn : 978-2-84016-010-6 – Prix : 18€
Illustration N&B – Langue : français

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