Didier Séguillon

Depuis la fin du XVIIIe siècle, le devenir des enfants sourds est apparu comme un enjeu de société. Il s’est agi d’instaurer une véritable « orthopédie », au sens que Nicolas Audry donne à ce mot dès 1741, soit « l’art de prévenir et de corriger, dans les enfants, les difformités du corps ». Désinvestir les gestes pour mieux investir la voix : pendant près d’un siècle, les techniques de démutisation occupent une place envahissante dans l’emploi du temps de l’écolier sourd. Cette orthopédie que nous avons qualifiée « d’oraliste » appliquée dans les Institutions de Paris et de Bordeaux à partir des années 1820, connaît son apogée au début du XXe siècle.

Interroger l’histoire de l’éducation des enfants sourds, c’est mettre en évidence la farouche volonté de notre société de faire de la personne sourde une personne entendante. C’est aussi montrer que cette histoire épouse celle de la Langue des Signes Française (LSF) et sa résilience. C’est enfin découvrir qu’au regard de l’histoire du corps du jeune sourd, le sport scolaire silencieux est devenu le porte-drapeau d’une recherche d’une réduction du désavantage social. Le sport silencieux se présente alors comme un contre-modèle à l’infirmité, à l’image de malade ou de dégénéré dont le jeune sourd fut affublé.

Sommaire

  • Hommage à Bernard Mottez
  • Liste des sigles et abréviations
  • Préface
  • Avertissement et remerciements
  • Introduction générale

Partie 1 – Avant 1822
Naissance d’une orthopédie ré-adaptative pour les écoliers sourds.
Fin d’un projet d’intégration sociale des sourds par les gestes ?

  • Contextualisation

Partie 2 – 1822-1880
De l’art de prévenir et corriger les corps
à celui de faire entendre et parler.
Une orthopédie en construction ?

  • Introduction
  • La gymnastique : élément initial du projet orthopédique
  • De la mise en œuvre d’un ordre orthopédique à l’émergence d’un mouvement d’opposition sourd
  • Du projet orthopédique à l’inclusion scolaire dans l’école « ordinaire ». Un contre-projet orthopédique ?
  • Une orthopédie préventive au service de « l’art de faire entendre »
  • Synthèse

Partie 3 – 1880-1910
Le corps du jeune sourd réduit au silence
ou le triomphe d’une stratégie orthopédique.
Au service d’un projet eugénique ?

  • Introduction
  • L’ordre médical flotte sur l’éducation des écoliers sourds
  • Une gymnastique spéciale pour l’écolier sourd, ou « l’art d’articuler et de mieux respirer »
  • Le jeune sourd entre dégénérescence et infériorité
  • Face à « l’art d’apprendre à parler », les sourds opposent une contre-orthopédie
  • Synthèse

Partie 4 – Après 1910
Vers une lente et progressive reconnaissance
d’une différence particulière ?
Une voie ouverte vers l’iconicité ?

  • Vers une lente et progressive reconnaissance d’une différence particulière ?

Conclusion

  • Postface
  • Bibliographie contemporaine
  • Repères chronologiques
  • Index des noms
  • Table des illustrations
  • Illustrations

 

2017 – 362 Pages – Format : 17×23 cm

isbn : 978-2-84016-271-1 – Prix : 22€

Illustration N&B – Langue : français