Laurence Schifano et Antonio Somaini (dir.)
Après avoir porté à des sommets l’art soviétique du montage, S. M. Eisenstein quitte la Russie et voyage à travers le Mexique postrévolutionnaire des années 1930. L’auteur de La Grève, du Cuirassé Potemkine, de La Ligne générale et d’Octobre y tourne Que viva Mexico!, film hors-norme, entre fiction et documentaire, entre archéologie et anthropologie, dont il ne verra aucun des montages et qui le hantera jusqu’à sa mort.
Que nous apprennent les éclats de Que viva Mexico! sur le renouvellement radical de la pratique d’Eisenstein et de ses théories sur le montage, l’extase, le regard anthropologique, le temps ? Que nous révèlent les pages qui en documentent l’existence contrariée ? Comment ce film inachevé, ce non finito moderne, permet-il à son « auteur » de rejoindre le courant d’exploration du « primitif » où s’inscrivent Pablo Picasso et Max Ernst, Aby Warburg et Georges Bataille, Michel Leiris et Antonin Artaud ? Quelle valeur paradigmatique accorder à cette œuvre qui résonne intensément avec les expériences filmiques d’Orson Welles, de Maya Deren, de Glauber Rocha, de Pier Paolo Pasolini, de Raymonde Carasco ?
À travers des cheminements aussi divers qu’a pu l’être la démarche d’Eisenstein, cet ouvrage propose de rouvrir la prodigieuse « boîte de Pandore » qu’aura été sa rencontre avec le Mexique et d’en mesurer, au sein des gestes créatifs contemporains, les effets fondateurs de fracture conceptuelle, théorique et poétique.

Sommaire

  • Fractures, Laurence Schifano
  • Strates, Antonio Somaini

Le Mexique des années 30 : un laboratoire européen

  • À la recherche des mondes perdus, Laurence Schifano
  • Que viva Mexico! et le tournant archéologique dans l’œuvre d’Eisenstein, Antonio Somaini
  • Altérités et altérations mexicaines chez D. H. Lawrence et Antonin Artaud, Juliette Feyel
  • L’ancien (et le nouveau) Mexique de la psyché. Jung et Eisenstein : deux recherches du primitif, Saverio Zumbo
  • 1929-1932 : de Paris à Tehuantepec. Eisenstein et la vision surréaliste du Mexique, Marie Rebecchi

Le cabinet secret d’Eisenstein

  • « Les vraies voies de l’invention », Laurence Schifano
  • Les dessins mexicains de Sergueï Eisenstein. Traces et symptômes d’une aventure intérieure, Ada Ackerman
  • La série des dessins de Sergeï Eisenstein. « La mort du roi Duncan », Olga Kataeva
  • Résonnances présocratiques. D’Héraclite en particulier, Térésa Faucon
  • De l’« extase » à l’« action » : l’horizon révolutionnaire du travail théorique de S. M. Eisenstein, Giorgio De Vincenti

Fracture anthropologique et travail du film

  • « Comme une boîte de Pandore… », Laurence Schifano
  • Que viva Mexico! d’Eisenstein et Chung Kuo Cina d’Antonioni : deux expériences cinématographiques du dépaysement, Nicolas Droin
  • L’expérience haïtienne de Maya Deren, Anita Trivelli
  • Eisenstein et Welles : la recherche du primitif, Massimo Olivero
  • Ignoti, banditi, dimenticati : le (hors-)champ de l’Italie (post-)fasciste/ la fracture interne, Anne-Violaine Houcke

Écritures d’apocalypse

  • « […] quelque part dans les champs Élysées de l’extase », Laurence Schifano
    Eisenstein, auteur de western ?, Gaspard Delon
  • Calaveras ou les écarts de la pensée : une vision de Georges Bataille, Rose-Marie Godier
  • Hors-cadre Gradiva. Raymonde Carasco, sur les traces d’Eisenstein et d’Artaud, Marie Martin
  • La rupture de Venise, dernière œuvre de Glauber Rocha, Hervé Joubert-Laurencin

La fracture créatrice

  • Dans le mouvement des arts, Laurence Schifano
  • Voyages dans les reflets et autres déplacements analogiques.
  • Le Yucatan de S. M. Eisenstein, R. Smithson et J. L Stephens, Evgenia Giannouri
  • Actualité du travail théorique de S. M. Eisenstein : contextes et pratiques du style « moderne » aujourd’hui, Giorgio De Vincenti
  • Repères
  • Présentation des auteurs
  • Index
  • Table des dessins
  • Illustrations


2016 – 426 pages – Format : 15×21 cm
isbn : 978-2-84016-237-7 – Prix : 25€
Illustrations N&B + cahier couleur – Langue : français